HEXAGONE

Connectez vous pour participer au développement de votre forum! merci!
HEXAGONE

Solidarité Amusement Décompression

Derniers sujets

» faumata jawara
Sam 28 Mai - 6:43 par raky

» ..............
Mer 11 Nov - 23:40 par raky

» les voyagistes arnaqueurs
Lun 5 Oct - 1:47 par raky

» Daba Seye version Woozworld
Lun 20 Juil - 20:21 par raky

» OMAR FAROUKH
Lun 20 Juil - 17:02 par raky

» HAJJ 2015
Dim 12 Juil - 11:48 par HAJJ 2015

» Moussa as
Mar 21 Avr - 22:55 par raky

» Les Arabes
Mer 8 Avr - 23:57 par raky

» Nancy Eva
Jeu 26 Mar - 11:27 par raky

» Adam
Jeu 26 Mar - 11:25 par raky

» Les 40 hadith Anawawi
Mer 25 Mar - 14:13 par raky

» la reine de saba etait noire et sephora la femme de moise
Dim 1 Fév - 3:32 par raky

» XARIT
Sam 31 Jan - 1:53 par raky

» Chef de quartier
Mar 27 Jan - 17:00 par raky

» Mouhammad saw
Mar 20 Jan - 23:12 par raky

» sokhna nafi
Mar 13 Jan - 1:23 par raky

» RANG BI DOXOUL
Lun 15 Déc - 22:38 par raky

» BIOGRAPHIE
Lun 3 Nov - 0:07 par raky

» wahtaan ak linguere
Ven 3 Oct - 22:59 par raky

» Mon Mari..............
Jeu 18 Sep - 22:35 par raky

Partenaires

Tchat Blablaland

L'ame soeur

Partagez
avatar
raky

Féminin
Nombre de messages : 2138
Age : 32
Localisation : Perpète-les-Andouillettes
Emploi : Etudiante
Loisirs : sport musique balade
Points : 2346
Date d'inscription : 19/12/2006

L'ame soeur

Message par raky le Jeu 31 Juil - 0:43

L’ÂME SŒUR

Charles-Edouard Bourciez avait quarante ans. Cet informaticien, célibataire endurci, n’avait pas préparé ce voyage, quand bien même il en rêvait depuis des années. Tout était parti, pour ainsi dire, d’un coup de tête. Il lui avait fallu moins d’une semaine pour se décider.

Depuis son adolescence, il avait la troublante sensation d’être un personnage de roman. Ceux qui ont lu « MIRAGES DE PARIS » d’Ousmane Socé, sauront de quoi je parle. Son père, d’origine sénégalaise, s’appelait Fara, et sa mère, une Française, Jacqueline. Sa grand-mère, Suzanne Bourciez, lui avait appris que sa mère avait trépassé en le mettant au monde, et que son père s’était suicidé quelques semaines plus tard, en se jetant dans la Seine. Elle lui avait affirmé ne pas connaître Ousmane Socé, mais lui avait quand même offert le roman qui semblait raconter l’histoire de ses parents. Charles-Edouard avait fait des recherches et avait lu tout ce qu’il pouvait trouver sur cet auteur. Il avait aussi lu ses autres ouvrages : « KARIM », « RYTHMES DE KHALAM » et que sais-je encore. On disait de lui qu’il fut, outre l’un des premiers, l’auteur le plus fécond de la littérature romanesque sénégalaise d’avant 1950. Ousmane Socé Diop fut, dit-on, un des premiers à se prononcer pour le métissage culturel, rejoint plus tard par Senghor. Tout cela, Charles-Edouard le savait. Pour lui, cet homme avait bel et bien existé, ça ne faisait presque aucun doute. Mais quel était le lien avec ses parents ? Il avait lu quelque part que ce roman, « MIRAGES DE PARIS », serait en partie autobiographique. Cela l’aurait bien soulagé d’y croire, mais dans ce cas, certaines « coïncidences » resteraient inexplicables. Comment se faisait-il que Fara et Jacqueline soient les prénoms des principaux personnages du roman ? Et surtout, comment se faisait-il que dans ce livre, Jacqueline meurt dans la salle où elle venait d’accoucher, et que Fara se jette plus tard dans la Seine ? Et la famille Bourciez qui est celle de Jacqueline dans le roman ? Charles-Edouard Bourciez ne pouvait se résoudre à croire à un tel hasard. Il savait que sa mère était morte pendant qu’elle le mettait au monde, alors que dans le roman, la mort est due à une hémorragie survenue quelques heures après la naissance du bébé. Mais cela n’écorchait en rien ses convictions. L’auteur devait être un proche de ses parents, peut-être même, son père. Ce qui le troublait plus encore, c’était que son vrai prénom à lui était mentionné dans ce bouquin. Sa grand-mère à qui il posait la question avec insistance, parce qu’il n’arrivait plus à faire la différence entre la fiction et la réalité, avait fini par lui avouer : « Oui, comme dans le roman, ton père t’avait appelé Sidia, mais j’ai préféré te donner les prénoms de ton grand-père, Charles-Edouard. » Madame Bourciez lui avait montré une vieille coupure de journal où l’on relatait comment le corps de son père avait été repêché de la Seine.


_________________


La vie est belle !!!!!!!!!!!
avatar
raky

Féminin
Nombre de messages : 2138
Age : 32
Localisation : Perpète-les-Andouillettes
Emploi : Etudiante
Loisirs : sport musique balade
Points : 2346
Date d'inscription : 19/12/2006

Re: L'ame soeur

Message par raky le Jeu 31 Juil - 0:44

Il ne pouvait donc pas être Ousmane Socé. Par contre, aucun papier n’avait été trouvé sur son père, prouvant qu’il s’appelait vraiment Fara. Pas même un permis de séjour en France. Et nul ne semblait avoir entendu ni lu son nom de famille quelque part. Dans le roman, Fara serait originaire d’un village nommé Niane, sur la plaine du Cayor. Ses recherches n’avaient pas permis de dire qu’il était de ce village, encore moins de retrouver sa famille.

Charles-Edouard n’avait connu ni sa mère ni son père. Sa grand-mère, qui l’avait déclaré à la mairie et lui avait trouvé une nourrice, était son tout. Il lui arrivait même, quand il était petit, de l’appeler maman. Son grand-père était, de son vivant, affectueux, mais distant. Était-ce à cause de la couleur de la peau de son petit-fils ou en voulait-il toujours au père de ce dernier ?

Charles-Edouard n’avait pas souffert de racisme dans ce milieu bourgeois où il avait grandi, mais il savait parfaitement, depuis son enfance, qu’il n’était pas comme les autres. Ses cheveux, la couleur de sa peau et celle de ses yeux lui disaient qu’il n’était pas comme les autres enfants, bien qu’il eût, comme eux, la même culture, la même éducation. Il avait très tôt consulté le dictionnaire pour connaître les significations des mots comme « nègre », « mulâtre », « métisse », « bâtard », qu’il lui arrivait parfois d’entendre, avec l’impression qu’ils le désignaient. Ces mots lui collaient à la peau, alors qu’il n’avait pas demandé à les acquérir en naissant. Une injustice qu’il gardait enfouie dans son cœur, quelque part dans une parcelle de son jardin de frustrations insondables et inavouées. Ce jardin était rempli de toutes sortes de mauvaises herbes, et il ne songeait guère à le débroussailler. Il fallait montrer aux Bourciez que tout allait bien, malgré tout. Le faisait-il, ne fût-ce qu’inconsciemment, pour défendre l’image de son père ? Il n’avait jamais voulu se poser la question.

Il possédait quelques photos de sa mère, une belle jeune femme blonde aux yeux bleus, mais pas une seule de son père. Il l’imaginait donc tel qu’il était décrit dans le roman de Socé. Un élégant jeune homme au teint noir, mince et grand de taille. Sa grand-mère lui disait qu’il était très instruit. « Un Noir très cultivé et très soigné dans sa mise. Il avait aussi beaucoup de charme », répétait-elle, ce qu’il était flatté d’entendre. Il avait de la compassion pour cet homme qui avait escaladé le mur du Père-Lachaise pour aller passer la nuit sur la tombe de sa dulcinée sur laquelle il avait déposé une couronne de roses blanches. Cet homme qui avait la possibilité de rentrer dans son pays natal, mais avait choisi de mourir là où sa compagne avait rendu l’âme, et où son fils allait grandir : Paris, la ville lumière. Il ne trouvait pas ce père indigne, et il ne pouvait pas en vouloir, non plus, à ses grands-parents de n’avoir jamais pu accepter qu’un Noir devînt le mari de leur fille. C’était une autre génération, se disait-il. Et puis, dans le roman, Madame Bourciez avait soutenu Jacqueline dans son combat. Sa grand-mère l’aimait, et cet amour, il l’avait toujours ressenti. Quelle grand-mère peut haïr son petit-fils dont la mère est morte en accouchant ?

Ce fut seulement quand il tomba sur une biographie de Napoléon écrite par un auteur contemporain, que Charles-Edouard remit ses convictions en doute.


_________________


La vie est belle !!!!!!!!!!!
avatar
raky

Féminin
Nombre de messages : 2138
Age : 32
Localisation : Perpète-les-Andouillettes
Emploi : Etudiante
Loisirs : sport musique balade
Points : 2346
Date d'inscription : 19/12/2006

Re: L'ame soeur

Message par raky le Jeu 31 Juil - 0:46

Il comprit qu’il est possible de raconter une histoire que l’on n’a pas vécue. Il finit par être persuadé que ses parents étaient bien ceux décrits dans le livre, et qu’Ousmane Socé n’avait fait que lire les faits divers et y avait ajouté un peu de romance. Cela le rassurait de penser ainsi. Quand l’énigme est trop compliquée, il faut trouver la réponse la plus simple, se dire qu’il ne peut en être autrement, et fermer les yeux pour passer à autre chose. Il avait résolu son problème en reconnaissant qu’il n’y avait pas d’autre solution.

En décidant d’effectuer ce voyage, il s’était dit : « Jamais je ne saurai qui est mon père, mais je m’en fous. Je veux juste visiter la terre de mes ancêtres. » Maintenant qu’il était dans l’avion qui volait vers Dakar, il n’avait qu’un plus désir qui était sur le point de se réaliser : fouler de son pied le sol qui fut jadis celui de son père. Il n’en demandait pas plus. Il voyait cela comme un devoir.

Un remaniement dans l’entreprise pour laquelle il travaillait, venait de faire de lui le directeur adjoint. Il avait demandé trois semaines de congé pour faire face à la situation. Le lendemain de cette promotion inattendue, marchant sur un nuage, il était passé devant une agence de voyage et, sans trop savoir pourquoi, il était entré et avait dit à la femme derrière le comptoir :

- Je voudrais un billet pour le Sénégal.

- Dakar ?

- Oui, s’il vous plait !

- Pour quand, monsieur ?

- Euh… disons pour le week-end prochain.

- Première ou deuxième classe ?

- Peu importe.

Il avait choisi Air Sénégal International, se disant que cela aurait plu à son père inconnu. C’était un vol direct Paris-Dakar. Pendant la semaine, il s’était fait vacciner contre toutes les maladies éradiquées d’Europe depuis belle lurette, mais qui faisaient encore des ravages en Afrique.


_________________


La vie est belle !!!!!!!!!!!
avatar
raky

Féminin
Nombre de messages : 2138
Age : 32
Localisation : Perpète-les-Andouillettes
Emploi : Etudiante
Loisirs : sport musique balade
Points : 2346
Date d'inscription : 19/12/2006

Re: L'ame soeur

Message par raky le Jeu 31 Juil - 0:48

La vieille Madame Bourciez qui l’avait accompagné à l’aéroport, avait insisté pour qu’il prît quelques boîtes de préservatifs. « On ne sait jamais, là-bas, avait-elle dit en les fourrant dans ses poches, avec le sida et toutes ces maladies... Et toi, mon garçon, je te connais. Fais attention à toi. Tu vois ce que je veux dire ? »

Charles-Edouard avait, en effet, un penchant de dragueur bien affiché depuis son adolescence. Séduire était pour lui une façon de s’affirmer, de s’accepter, de prouver qu’il n’était pas inférieur, mais pareil aux autres, en gros, une manière physique de transcender sa différence ou une fuite devant les questions qui le tracassaient.

Il se disait que le hasard avait bien fait de l’installer en première classe. Il était soulagé de n’avoir pas à se mêler de si tôt à tous ces gens bizarres avec leurs tonnes de bagages à main. Il faut dire qu’il n’avait jamais véritablement été en contact avec des Noirs. Il vivait comme un Blanc, parmi lesIl vivait comme un Blanc, parmi les Blancs. Les rares Noirs qu’il avait côtoyés, étaient des promotionnaires ou des collègues de travail avec qui il n’avait aucune affinité. Juste la politesse conventionnelle. Les autres, il les voyait dans les rues. Ses grands-parents l’avaient, sans qu’il ne s’en rendît compte, jusque là, bien façonné. Mais, quelque part dans son jardin secret, il avait toujours rêvé de connaître l’Afrique. Ce qu’il lisait dans les bouquins, les guides pour touristes, les journaux et sur le Net, tout comme ce qu’il voyait à la télé, ne lui suffisait pas. C’était un rêve dont il n’osait pas parler aux Bourciez. Puis, avec le temps, il l’avait enterré avec ses autres frustrations dont il ne pipait jamais mot.

Il était en pleine rêverie, quand l’hôtesse lui signala qu’il devait redresser son siège et attacher sa ceinture. L’atterrissage était imminent. Il trouva qu’elle avait une jolie voix et un beau sourire, mais ses pensées étaient ailleurs. Elles allaient de ses parents à ses nouvelles fonctions dans son entreprise, et revenaient immanquablement à ce qui pouvait bien l’attendre au Sénégal. Il n’avait jamais, auparavant, traversé l’Atlantique, ses voyages se limitant à l’Europe. Il avait réservé, depuis Paris, une chambre d’hôtel et une voiture de location. Il était muni de son chéquier, de sa carte bleue et d’euros qu’il allait convertir en C.F.A., la monnaie locale. Il avait de quoi y passer des mois et des mois, et être à l’aise, mais il avait pourtant prévu de n’y rester qu’une semaine.




_________________


La vie est belle !!!!!!!!!!!
avatar
raky

Féminin
Nombre de messages : 2138
Age : 32
Localisation : Perpète-les-Andouillettes
Emploi : Etudiante
Loisirs : sport musique balade
Points : 2346
Date d'inscription : 19/12/2006

Re: L'ame soeur

Message par raky le Jeu 31 Juil - 0:51

Il débarqua à l’aéroport Léopold Sédar Senghor, tout agité. C’était un soir de décembre. La température avoisinait les vingt degrés. Il faisait doux. Il ôta quand même sa veste et desserra le nœud de sa cravate. Il passa les formalités administratives, puis récupéra sa petite valise contenant quelques vêtements, une trousse de toilette et des comprimés pour se préserver du paludisme, cette maladie qui tue plus que le sida et contre laquelle on a les moyens de lutter efficacement, mais qu’on laisse égrener ses victimes. On dit que le paludisme tue, en Afrique, un enfant toutes les vingt ou trente secondes.

Avant même qu’il ne passât à la douane, deux hommes qui l’avaient repéré, sans doute à cause de son teint de métis, ne lui lâchant pas la grappe, proposaient de l’aider à faire passer ses bagages, sans contrôle. « Je n’ai que cette petite valise et cet ordinateur. Je n’ai rien à déclarer et je ne suis pas pressé », répondait-il avec une amabilité forcée qui cachait difficilement son agacement. Des collègues qui étaient déjà allés en Afrique, l’avaient mis en garde contre ces brigands d’un nouveau genre. Pour s’en débarrasser, il leur donna, à chacun un billet de banque et les remercia.

- Voulez-vous un taxi ? demanda l’un d’eux.

- Non, merci ! Quelqu’un vient me chercher.

- Faites attention aux voleurs !

- Merci ! Adieu !

Ils le laissèrent enfin tranquille.

En effet, quelqu’un l’attendait. Parmi ceux qui s’étaient agglutinés dernière la barrière qui séparait ceux qui arrivaient de ceux qui venaient les chercher, il vit un homme tenant une pancarte sur laquelle il put lire : « M. Bourciez. » Il lui fit un signe de la main accompagné d’un sourire de soulagement. « Ils ne sont pas si mal organisés que ça », pensa-t-il. Il réussit à se frayer un passage, restant sourd aux interpellations « Taxi, monsieur ? » qui fusaient de partout. Une vigoureuse poignée de main, et il se présenta :

- Charles-Edouard.

- Je suis Modou. Votre voiture est au parking.

- Etes-vous le chauffeur ? Je ne connais pas les rues et à cette heure-ci…

- Je vais vous conduire à l’hôtel. Donnez-moi votre valise.

Le Parisien trouvait les rues de Dakar étroites et obscures. Elles participaient à l’exotisme auquel il s’attendait. Il avait baissé la vitre pour respirer à pleins poumons cet air embaumé d’odeurs jusqu’ici inconnues de lui. Enfin l’Afrique ! A son grand bonheur, Modou n’était pas bavard. Il lui avait juste demandé comment s’était passé le voyage, à quelle heure il avait quitté Paris, et s’il faisait très froid là-bas. Charles-Edouard ne voulait pas d’un guide, souhaitant tout découvrir par lui-même, mais il se dit que Modou pourrait bien lui être utile, malgré tout. Il engagea la conversation :

- Comment est la vie ici ?

- Vous savez, ici, c’est le système D, on se déwow* comme on peut.

- Est-ce que le pays est stable ?

- Le Sénégal est un pays de paix et de téranga, comme nous disons.


_________________


La vie est belle !!!!!!!!!!!
avatar
raky

Féminin
Nombre de messages : 2138
Age : 32
Localisation : Perpète-les-Andouillettes
Emploi : Etudiante
Loisirs : sport musique balade
Points : 2346
Date d'inscription : 19/12/2006

Re: L'ame soeur

Message par raky le Jeu 31 Juil - 0:54

- C’est quoi, téranga ?
- L’hospitalité.
- Tant mieux alors !
Modou le faisait penser à son père ou plutôt à Fara du roman de Socé. Il avait l’air intelligent et s’exprimait bien en français.
L’hôtel le surprit. C’était un hôtel comme on en voyait à Paris. Grand, propre, luxueux, avec un service impeccable. Il déclina l’offre du bagagiste et préféra prendre un pot avec Modou, au bar, dans le hall, histoire de faire plus ample connaissance.
- Qu’est-ce que vous prenez ?
- Un cola, s’il vous plait ! Que du sucré !
- Pas d’alcool ?
- Jamais d’alcool !
- Oui, c’est vrai que vous êtes musulmans, au Sénégal.
- La majorité, oui. Mais il y en a qui boivent quand même de l’alcool. Moi, jamais.
- Etes-vous marié ?
- J’ai deux femmes et six enfants.
- Deux femmes ? fit Charles-Edouard, étonné.
- Deux femmes. Et je pense à une troisième.
- Comment faites-vous avec autant de femmes ?
- C’est une tradition ici, et c’est permis par l’islam. On peut avoir jusqu’à quatre femmes.
- C’est ahurissant. Quatre femmes ! Je connais un peu l’histoire du Sénégal, mais la religion, ce n’est pas vraiment mon truc. Chez nous, en France, la polygamie n’est pas permise.
Modou éclata de rire.
- Vous ne savez donc pas ce que vous ratez !
- Comment faites-vous pour nourrir tous vos enfants ?
- Dieu est grand ! répondit Modou, tout souriant. Nous disons qu’à chaque bouche qu’Il ouvre, Il fournit sa pitance.
« J’en apprendrai des choses, ici ! » pensa Charles-Edouard. Après le départ de Modou, il appela sa grand-mère pour lui dire qu’il était bien arrivé à Dakar. Elle était contente, mais toujours inquiète, Madame Bourciez. « Fais bien attention ! » lui dit-elle avant de raccrocher.
Le lendemain, il prit son petit-déjeuner à l’hôtel, se mit en chemise et sortit faire, à pied, un tour en ville. Il se sentit regardé comme une écharde dans cette société. Dans les rues, des enfants déguenillés lui tendaient la main en criant : « Toubab ! Toubab ! » Il savait, grâce à ses lectures, que « Toubab » signifie « Blanc ». Etre Noir en France et Blanc au Sénégal, il ne manquait plus que ça ! Il acheta des habits africains et retourna à l’hôtel. Là, il s’installa au balcon, sur une chaise longue, n’ayant que son slip sur lui. Il s’enduisit de crème et passa la journée à bronzer. Il avait, auparavant, appelé Modou pour lui dire que tout allait bien, mais qu’il avait besoin d’être seul pour un moment. Le lendemain, il offrit encore son corps au soleil. « Quelque part, se disait-il, je suis des leurs. Il faut donc que je m’intègre. »
Il se leva de bon matin et fut fier, sous la douche, de son teint marron foncé. Il mit ses habits africains et descendit au restaurant de l’hôtel où il commanda un café et un œuf sur le plat. La serveuse était élégante dans son ensemble coloré, une espèce de marinière que continuait une jupe longue. Elle avait des hanches comme si elle portait des colts, et un buste qui rendrait Marilyne Monroe folle de jalousie. Quand elle lui tournait le dos, il n’avait que ces mots en tête : « Quel beau [c***] ! » Sa collègue qui servait la table d’à côté, avait les mêmes attributs. Il resta longtemps à les contempler, ne ratant aucun de leurs mouvements. « En voilà, des filles bien foutues ! » conclut-il en se levant.
Arpentant les rues de la capitale, il se surprit à ne plus regarder que les femmes. Il n’en croyait pas ses yeux. Des derrières comme il n’en avait jamais vu, des seins majestueux, des hanches à lui couper le souffle, des tailles de guêpe ! Cette coquetterie raffinée et ce charme irrésistible, sans parler de cette grâce, sont les signes distinctifs des Sénégalaises ! Des femmes qu’on ne risquait pas de prendre pour des hommes. La féminité, ici, n’était plus un mot, mais des corps visibles et sans doute palpables. Ce déferlement de beauté le faisait suffoquer. Il n’en pouvait plus. « Pitié, mon Dieu ! hurlait son cœur haletant. Pitié ! » Un pays où toutes les femmes sont belles ! Devait-il se pincer pour s’assurer qu’il ne rêvait pas ? Il se dit que quand Dieu modelait le corps de la femme, il avait dû prendre tout son temps au Sénégal, pour parfaire son œuvre.
Il se demanda comment son père avait pu laisser de telles femmes pour aller s’amouracher à Paris. Peut-être n’étaient-elles pas si belles à l’époque, se dit-il. Sur les vieilles photos qu’il pouvait trouver sur le Net, ayant toujours son Laptop avec lui, il vit que les femmes, auparavant, s’habillaient autrement, avec plus de décence, si l'on peut dire. Lui, il avait droit aux pantalons moulants, aux robes africaines tout aussi moulantes, aux jupes courtes et aux t-shirts s’arrêtant au-dessus du nombril. Il pensa à sa mère, Jacqueline, qui, dans le roman, croyait qu’on allait nu au Sénégal. Cela le fit sourire. Il ne faudrait surtout pas que ces femmes soient complètement nues, se dit-il, cela serait trop crû et atténuerait cette beauté que l’imagination aiguise, amplifie et remodèle à volonté. Lui aussi, après tout, avait une fausse image du Sénégal. Il ne s’attendait pas à tant de beauté. Rien de comparable à tout ce qu’il avait vu jusqu’ici. N’y avait-il pas de femmes noires à Paris ou ne les voyait-il pas ? Elles ne devaient pas toutes être des Sénégalaises, se répondit-il. Ces perles qui étaient rares en Europe, constellaient à présent tout horizon vers lequel il tournait le regard. Quel compliment, pensa-t-il, que de dire à une femme : « Tu es belle comme une Sénégalaise ! » Au point où en étaient ses pensées, si on lui avait demandé d’élire Miss Univers, il aurait désigné la première femme rencontrée dans les rues de Dakar. C’était comme fantasmer sur les yeux bridés, et se retrouver en Chine.
Sur la longue liste de ses conquêtes, il y avait certes des métisses, mais toutes n’avaient pas ces corps de rêve. Non, les métisses n’ont pas souvent de tels derrières. Elles ont presque toutes de jolis visages, mais les formes qu’il découvrait ici étaient inédites pour lui. Il se promit de faire, un jour, une recherche pour savoir si ces atouts sont héréditaires du côté du père ou de la mère.
Il passa une autre journée à s’extasier dans les rues de la capitale. Des corps, rien que des corps ! Des femmes callipyges à n’en plus finir !
Le lendemain, il s’attarda enfin sur les visages. Deux repères lui manquaient : la couleur des cheveux et celle des yeux. Il put, très vite, s’en passer. Les femmes d’ici avaient toutes les yeux et les cheveux de la même couleur, mais chaque visage était unique, et extraordinairement captivant. Il s’attardait sur les nez, les sourcils bien fournis ou rasés que remplaçait un trait habilement dessiné au crayon, les longs cils que l’on croirait artificiels, les yeux éblouissants et sidérants. Les fronts, les mentons, rien n’échappait à son œil admiratif. Et que dire de ces lèvres charnues et ourlées, débordantes de volupté ? Il était frappé par la blancheur des dents qu’accentuait la couleur de la peau. Les sourires qu’il voyait ou recevait, ne devraient exister qu’au paradis des bienheureux. Ces femmes, se dit-il, sont capables de faire tomber des pierres sous leur charme.
Le soir, en rentrant à l’hôtel, il se demandait si elles étaient, aussi, intelligentes. « Elles sont trop belles pour être intelligentes. On ne peut pas tout avoir à la fois », se disait-il.
Il fit appel à Modou pour savoir ce qu’il en était du Q.I. de ces reines de beauté. Modou lui apprit que le pays regorgeait d’intellectuelles, de femmes diplômées des plus grandes universités du monde, d’écrivains de talent, et de renommée internationale, de ministres, de docteurs, de tout ce que sont les femmes européennes. Mais cela ne lui suffisait pas. Il voulait les rencontrer et discuter avec elles. Modou se chargea d’établir les contacts. Charles-Edouard n’en revenait pas. Belles, intelligentes et cultivées à la fois ! Après chaque rencontre, il gardait précieusement les coordonnées de la belle demoiselle en se disant : « Voilà sans doute la femme de ma vie, l’âme sœur ! » Il avait quand même tenu à converser avec les autres femmes, celles qui n’étaient pas allées à l’école des Blancs, juste pour vérifier si cette intelligence et cette culture ne venaient pas de l’éducation civilisatrice du colon. Modou servait d’interprète. La stupéfaction du Parisien fut encore plus grande. Ces femmes avaient tous les diplômes de l’école de la vie. Il finit par se dire que l’ignare, c’était lui.
Maintenant, il lui fallait absolument une de ces belles Sénégalaises. Mais laquelle ? Comment choisir ? Son carnet débordait d’adresses et de numéros de téléphone. Il fut tenté par la polygamie. Quatre femmes ! Pourquoi pas ? Les lois du pays le permettaient. Cette idée, bien que fort alléchante, avait dans ses pensées, les amères préludes d’une vie gâchée d’avance. Il n’était pas dans sa culture d’avoir plusieurs femmes en même temps. Et puis, quelque chose l’agaçait chez certaines d’entre elles. Elles lui demandaient toujours de l’argent. Il sourit : « Elles n’ont pas tout. Il leur manque l’argent. » Modou lui disait : « Ici, la plupart des femmes ne croient qu’à l’argent. Neuf sur dix te suivront, si elles savent que tu as les poches pleines. » Du pognon, il en avait certes, mais il ne voulait pas se laisser appâter par des prostituées camouflées. Il cherchait l’âme sœur dont il sentait la présence, quelque part, dans cette oasis de beauté.


_________________


La vie est belle !!!!!!!!!!!
avatar
raky

Féminin
Nombre de messages : 2138
Age : 32
Localisation : Perpète-les-Andouillettes
Emploi : Etudiante
Loisirs : sport musique balade
Points : 2346
Date d'inscription : 19/12/2006

Re: L'ame soeur

Message par raky le Jeu 31 Juil - 0:58

(L'AME SOEUR 3)

Il conduisait sa voiture, regardant moins la route que les femmes sur le trottoir. Ce fut ainsi, qu’il manqua griller un feu rouge. Il freina pile, dans un assourdissant grincement de pneus. A sa gauche, une rutilante voiture rouge était stoppée, vitres baissées. La conductrice, amusée par ce chauffeur si distrait, se tourna vers lui et sourit. Il resta bouche bée. Jamais il n’aurait soupçonné l’existence d’une telle créature. Il n’était plus question de beauté, mais de divinité. Il avait, physiquement, ressenti l’aura de ce sourire s’infiltrer en lui, comme dans les films fantastiques, quand un regard fait jaillir des éclairs ou des faisceaux de lumière qui tétanisent le personnage en face ou le transforment en autre chose. Il n’était plus lui-même. Il sentait des frissons parcourir son corps, et son cœur battre tous les records de vitesse. Elle le regardait, toujours en souriant. Il était comme sous hypnose. Respirait-il encore ? Il ne saurait le dire. Son feu à elle passa au vert. Elle devait tourner à gauche, alors que lui, il continuait tout droit. Elle détourna la tête pour appuyer sur l’accélérateur et braquer le volant. Cela le libéra de cette emprise inexplicable, mais sa gorge se serra, comme si on l’étranglait. La laisser partir comme ça ? Jamais de la vie ! L’énergie du désespoir décupla alors son imagination. Il s’empara de son téléphone portable qu’il gardait toujours sur le siège à sa droite et le jeta dans la voiture qui démarrait. La jeune femme lui adressa un éclat de rire qui, pour lui, ne voulait dire qu’une chose : « J’attendrai ton coup de fil. »
Il alla directement à l’hôtel et se mit sous la douche pour retrouver ses esprits. Il tremblait d’émoi quand il passait la serviette sur son corps. Il retourna sous la douche, encore et encore. Il se détendit enfin. Il appela Modou et lui dit de le rejoindre à l’hôtel.
Modou le trouva tout excité.
- Que se passe-t-il ?
- J’ai rencontré une déesse !
- Mon ami, ce ne sont pas les déesses qui manquent ici, fit Modou d’un ton taquin. Tu n’as toujours pas fait ton choix ?
- Non, Modou, je ne plaisante pas. J’ai vu une déesse, une vraie !
Il raconta son histoire, avec le débit d’un enfant qui vient d’assister à un événement extraordinaire.
- Tu sais donc ce qu’il te reste à faire, lui dit Modou. Appelle-la sans tarder.
- Oui, je sais. C’est pourquoi je voulais que tu sois là. Il se peut qu’elle ne parle pas français. Tu vois ce que je veux dire ?
- Un interprète ?
- C’est cela même ! Viens, on descend.
Ils se rendirent dans le hall de l’hôtel, pour téléphoner. Charles-Edouard avait du mal à se contrôler. Les serveuses qui auparavant l’enflammaient, avaient maintenant des airs de crottins, comparées à cette vision figée dans sa mémoire. Il composa le numéro qu’il connaissait si bien, celui de son téléphone portable. Il se tourna vers Modou qui attendait tout près de lui :
- Une cigarette, s’il te plait !
C’était pour se donner de la contenance car il avait arrêté de fumer depuis des années. Ses mains tremblaient. Modou alluma une cigarette qu’il lui tendit.
- Merci ! Viens, approche-toi ! Ça sonne !
« Oui ? » fit une douce voix féminine, en français.
- Bonsoir ! C’est moi, Charles, Charles-Edouard… Je vous ai rencontrée tout à l’heure. Je suis le propriétaire du portable … Vous vous en souvenez ? … Là, je suis à l’hôtel…
Il fit signe à Modou qu’il n’avait pas besoin de lui. Ce dernier s’éloigna et alla commander un cola. Il sirotait sa boisson en se demandant ce qui arrivait à son ami de quelques jours. Brusquement, une tape, dite amicale, faillit lui casser les omoplates. Charles-Edouard venait de raccrocher. Tel un joueur de foot qui vient de marquer un but, il poussa un cri et se jeta sur lui.
- Oui ! Ça y est !
- Du calme ! Du calme ! répétait Modou.
Tout le monde se retourna pour voir le pauvre Modou s’affaisser sous le poids de son ami qui semblait perdre la raison.
- Nous avons rendez-vous, cette nuit, dans une boîte. Tiens, voici l’adresse. Sais-tu où elle se trouve ?
Modou prit le papier sur lequel une écriture nerveuse avait griffonné quelque chose qu’il réussit quand même à déchiffrer.
- Je pourrai t’y emmener, si tu veux, mais je n’y resterai pas…
- Tu n’auras nul besoin d’y rester. Tu n’as même pas à y aller. Dis-moi seulement où se trouve cette boîte de nuit. Après, c’est mon affaire.
Le reste de la soirée s’écoula à un rythme si lent que les minutes semblaient durer des années. Charles-Edouard passa des heures à se pomponner devant le miroir et à changer interminablement de vêtements. Il alla même acheter de nouvelles chaussures. Le costume qu’il avait finalement choisi, après mille hésitations, nécessitait des pompes d’une couleur bien précise.
Quand bien même la boîte de nuit avait un nom sénégalais, la patronne était une Française, une certaine Chantal Durin.
Chantal était une femme au cœur fermé, mais aux jambes ouvertes. Elle couchait avec tout le monde, mais elle n’aimait personne. Les hommes, elle les voulait très beaux ou très talentueux. Et quand elle les avait assez utilisés, elle les jetait de la même façon qu’on jette le noyau d’un fruit qu’on vient de manger. Elle ne supportait pas d’être seule. La solitude l’obligeait à faire face à elle-même. Elle se cachait derrière les sensations charnelles ou derrière l’euphorie que procurent l’alcool et les drogues. Elle n’avait, dans ses actes et pensées, aucun scrupule, aucune morale, aucune honte. Elle se foutait complètement des lendemains et ne suivait que ses désirs et profits. Elle foulait aux pieds la société et ses conventions, le monde et son histoire, la vie et ses lois. Elle avait beaucoup d’argent. Ses milliardaires de parents avaient été victimes d’un accident d’avion et tout l’héritage lui était revenu. Elle était une fille unique qui détestait ses parents. Pourquoi ? Allez donc savoir. D’après les mauvaises langues, c’était à cause du corps qu’ils lui avaient « légué ». Elle était moche, disons-le. Sa laideur physique n’avait d’égale que celle de son caractère. Toute petite, elle rêvait d’être une belle vedette de cinéma ou de musique, une vedette avec beaucoup de fans, tellement de fans qu’il lui aurait fallu des centaines de gardes du corps. Hélas, on n’a pas toujours ce qu’on veut. Chantal, à vrai dire, ressemblait à un monstre préhistorique en miniature. Elle s’était, à maintes reprises, livrée à la chirurgie esthétique, sans succès. Et puis, quand la laideur vient de l’intérieur, elle est difficile à cacher. En outre, elle était de très petite taille, et ça, c’est un handicap que l’argent n’a pas encore résolu. Elle portait des chaussures à talons hauts, mais ce sont des échasses qui lui auraient été nécessaires pour atteindre la taille désirée. C’était une blonde. Pardon, une fausse blonde. Elle portait des lentilles qui lui faisaient des yeux bleus, comme si la beauté du regard était dans la couleur des prunelles. Ses oreilles étaient des éventails que sa chevelure camouflait en permanence. Ses fesses faisaient penser à la surface d’une table à repasser. Ses jambes étaient difformes, et elle portait des pantalons très serrés qui comprimaient sa graisse. Ses dents ne furent présentables qu’après avoir été, presque toutes, changées. Par contre, des seins comme elle en avait, on n’en trouvait même pas à Hollywood. Elle les avait vraiment en hauteur et n’avait, sur ce point, aucun complexe devant les Sénégalaises. De splendides nénés abonnés aux décolletés les plus osés ! Chantal se voulait sexy et attirante.
Il fut un temps où elle possédait une somptueuse villa dans la proche banlieue parisienne. Elle avait beaucoup d’animaux dans son domaine. Une douzaine de chiens, des chats, des oiseaux, des singes et de la volaille. Mais dès qu’il y en avait un que la vieillesse gagnait ou qui avait le moindre pépin, elle le faisait piquer. « On ne vit qu’une fois, disait-elle, pas de temps à perdre pour le malheur d’autrui. » Un jour qu’elle se promenait dans les bois avec ses chiens, l’un d’eux se blessa gravement en tombant dans une fosse. Elle regarda la pauvre bête qui hurlait de douleur, puis s’éloigna sans se retourner. Quelques jours plus tard, on trouva le cadavre d’un caniche aux deux pattes cassées. Son comportement avec les humains était identique. Jamais elle n’allait visiter un parent ou un ami malade. Elle ne se donnait même pas la peine d’envoyer un bouquet de fleurs ou de passer un coup de fil. Elle avait rejeté tous les membres de sa famille. Tantes, grands-parents, cousins, elle ne voulait pas les connaître. « On naît seul, disait-elle, et chacun pour soi. » Bien entendu, elle ne voulait pas d’enfant. Elle s’était faite avorter plusieurs fois, avant de se faire stériliser.
Elle était propriétaire, à Paris, d’une grande boîte de nuit, où elle était reine. Tout employé qui ne la considérait pas comme telle, était viré sans sommation. Il fallait exécuter ses ordres sans rouspéter.
Une nuit, elle était rentrée seule chez elle, contrairement à ses habitudes. Elle était très excitée. Dans sa boîte, elle avait rencontré un bel homme, charmant et viril, qui lui avait résisté. Cette résistance l’intriguait, l’agaçait et lui plaisait en même temps. Elle l’avait remarqué dès qu’il était entré, tel un prince qui revient victorieux d’une grande bataille. Il s’était installé dans un coin et avait commandé un whisky. De loin, elle l’observait. Il sirotait son Jack Daniel’s, le cigare à la main, tout en dodelinant de la tête au rythme de la musique. Parfois, il jetait un regard désintéressé sur les pimbêches qui se tortillaient sur la piste de danse. Toutes les femmes l’avaient remarqué, mais personne n’osait s’approcher de cette espèce de bulle qu’il avait instaurée autour de lui, ce mystère dans lequel il resplendissait. Il y avait ce genre d’atmosphère qu’on ne trouve que dans les films bien faits.
Chantal avait donné une bouteille à un serveur.
- Pour le monsieur, là-bas ! Dis-lui que c’est de la part de la patronne, et emmène un deuxième verre.
Elle s’était mise ensuite dans la peau de Cléopâtre, avait redressé son torse pour bien mettre ses nichons en évidence et avait, dignement, marché vers César.
- Pouvons-nous trinquer ? avait-elle dit en s’asseyant.
- Je vous en prie.
Après une demi-heure de conversation banale, un scénario de séduction mutuelle, ils s’étaient mis à danser, utilisant leurs corps et la musique pour continuer le dialogue. L’homme était, à la fois, proche et distant, insondable. Il n’était pas loquace et semblait avoir la tête ailleurs, mais son regard exprimait d’hallucinantes voluptés.
Chantal, dans sa salle de bains, le revoyait, comme s’il était en face d’elle. Elle repensait à ce moment où il effleurait son visage, de son haleine, la tenant par la taille en murmurant :
- Tchao, Bello ! Je serai là, demain, à minuit.
- A l’heure du crime ! avait-elle ajouté.
Elle sentait encore sur ses lèvres, le baiser qu’il y avait déposé avant de lui tourner le dos. Elle avait proposé de le ramener. Il lui avait répondu qu’il était en bagnole. « Je suis sûre que je lui plais », se disait-elle en se regardant dans la glace et en soupesant sa poitrine.
Elle ne dormit presque pas de la nuit, tellement elle pensait à lui. Elle se leva vers quinze heures, plus excitée que jamais. La journée s’annonçait longue. Elle fut à la boîte de nuit, plus tôt que d’ordinaire, et surprit ses employés par sa gentillesse et sa bonne humeur.
Dès qu’il arriva, tout se passa très vite. C’était comme s’il en avait toujours été ainsi. Elle l’emmena chez elle. Il ne voulut pas utiliser des préservatifs parce qu’il trouvait que « ce n’est pas naturel. » Cela n’avait guère contrarié Chantal.
Quand elle se réveilla, il n’était plus à côté d’elle. Elle l’appela. Il ne répondit pas. « Il doit être aux toilettes », pensa-t-elle. Elle enlaça l’oreiller qui portait son odeur et referma les yeux, un petit sourire aux coins des lèvres. Elle se sentait épuisée, mais satisfaite. Elle se remit à dormir. Un pressant besoin la tira du lit. Elle se précipita vers la salle de bains, ouvrit la porte et s’écria, presque aussitôt : « Oh ! Mon Dieu ! » Avec sa pâte dentifrice, il était écrit en gros caractères sur son miroir : « BIENVENUE DANS LE MONDE DU SIDA ! »
Six mois plus tard, les médecins lui confirmèrent la chose. Chantal vendit tous ses biens et disparut de la circulation parisienne… Elle se rendit à Dakar où elle ouvrit une nouvelle boîte de nuit. Celle-là même où Charles-Edouard attendait sa déesse.


_________________


La vie est belle !!!!!!!!!!!
avatar
raky

Féminin
Nombre de messages : 2138
Age : 32
Localisation : Perpète-les-Andouillettes
Emploi : Etudiante
Loisirs : sport musique balade
Points : 2346
Date d'inscription : 19/12/2006

Re: L'ame soeur

Message par raky le Jeu 31 Juil - 0:59

(L'AME SOEUR 4)

Il s’était attablé dans un coin et consultait sa montre toutes les deux minutes. Chantal qui n’arrêtait pas de venir lui demander si tout allait bien, commençait à l’agacer.
- J’attends quelqu’un, finit-il par lui dire.
- Votre épouse ?
- Oui.
Elle s’éloigna, pour ne plus revenir. Il continua de regarder les gens qui remplissaient la boîte, au fur et à mesure qu’ils y entraient. « Elle ne viendra pas », se disait-il, avec l’espoir de se tromper. Il s’était bien trompé. Ce fut, brusquement, comme si le soleil était, d’un coup, jeté dans les ténèbres. Elle était devant lui, dans une longue robe noire. Il ne l’avait pas vue entrer. Elle lui sourit et ouvrit son sac à main.
- Voici ton portable, dit-elle. Je peux m’asseoir ?
- Je t’en prie.
La voix tremblotante, la gorge desséchée, il osa quand même la regarder. Oh ! Que ses yeux étaient blancs ! Et ses dents plus blanches encore ! Elle posa le téléphone portable sur la table.
- Très original ! Jamais un homme ne m’a abordée de la sorte.
- Tu peux le garder. Comme ça, je n’aurai pas à te demander ton numéro.
- C’est gentil. Comment t’appelles-tu encore ? Charles ou Charly ?
- Sidia. Je m’appelle Sidia. C’est le prénom que mon père, Sénégalais, m’a donné, mais beaucoup de gens m’appellent Charles-Edouard. C’est aussi ce qu’on lit sur mes papiers.
- Lequel préfères-tu ? Sidia ou Charles-Edouard ?
- Appelle-moi Sidia.
- D’accord, Sidia. Permets-tu à Didi de t’offrir quel-que chose à boire ?
- J’ai laissé de la monnaie au bar, dis-moi ce que tu veux et je vais le chercher, fit-il en se levant, tout bouleversé par cette apparition.
- Un jus d’orange, s’il te plait ! La prochaine tournée est pour moi.
- O.K. !
Il alla passer la commande et se retourna pour la regarder. Vue de dos, elle était une guitare classique dont il ne manquait que le manche. Il prit le jus d’orange et marcha vers elle. Plus il s’approchait, plus il sentait son corps frissonner. Elle scintillait de fraîcheur et de vie. Il lui semblait qu’il n’y avait qu’elle dans cette salle presque comble. Charles-Edouard, je veux dire Sidia, sentit un air glacial monter de ses pieds à ses cheveux qui se dressèrent sur sa tête. L’effluve d’un parfum exquis qui n’avait d’autre source que le corps de sa déesse, tenta de lui faire perdre la raison. Il résista et regagna son siège. Il n’y avait plus aucun doute, il avait l’âme sœur en face de lui. Il s’imagina le jour où son père, dans le roman, avait emmené sa mère dans une boîte de nègres à Paris. Il se dit que ce qu’il vivait, lui, devait être mille fois plus fort. Tout cardiologue qui aurait ausculté le cœur de Sidia durant les heures qu’ils passèrent ensemble dans cette boîte de nuit, aurait déclaré : « Cet homme n’est pas normal. Même un cœur de souris ne bat pas si vite. » Tout se passa bien. Ils discutèrent, dansèrent, s’amusèrent. Et quand ils partirent, Chantal, folle de jalousie, se priva de leur dire au revoir.
Didi était venue en taxi. Sidia proposa de la déposer chez elle. Elle accepta. Comme il ne connaissait pas les rues, elle le guida. Il était tard dans la nuit. Il se gara devant la porte d’une villa à Fann Résidence. Elle lui fit un bisou et descendit. Il la vit ouvrir une porte dont il mémorisa le numéro. « Je t’appelle demain », dit-il. Elle baisa sa propre main et souffla ce baiser vers lui. Il démarra, tout heureux, pendant qu’elle refermait la porte derrière elle.
Il n’arriva pas à dormir, tellement il était excité. Tôt le matin, il appela Modou.
- Modou, j’ai trouvé l’âme sœur ! Je vis comme dans un rêve !
- Félicitations ! Fixons un rendez-vous vers midi. On ira déjeuner quelque part. Comme ça, tu me raconteras tout. Je suis curieux.
Entraîné par le désir inassouvi de mieux connaître cette femme, il posa, sans s’en rendre compte, un lapin à Modou. Il se rendit à l’adresse qu’il avait bien mémorisée et sonna. Une fillette d’une dizaine d’années ouvrit. Sidia reconnut en elle quelques traits de Didi. De toute évidence, c’était sa sœur.
- Est-ce que Didi est là ?
- Didi ? fit la gamine hébétée.
- Oui. Didi, ta sœur.
Pour toute réponse, elle courut vers ce qui devait être le salon en criant : « Maman ! Maman ! » Une Didi plus âgée apparut. Ce ne pouvait être que la mère. Elle marcha vers lui et dit en français :
- Bonjour, monsieur ! Qui cherchez-vous ?
- Bonjour, madame ! Je cherche Didi.
- Didi ?
- Oui. Je l’ai déposée ici, cette nuit, vers deux ou trois heures du matin.
La dame recula d’un pas et considéra l’intrus. Il n’avait pas l’air d’un fou, bien au contraire, mais ses paroles en faisaient bien un. Didi, sa fille, était morte depuis quelques années. Elle ne dit plus un mot. Elle se mit tout simplement à l’examiner pour déceler les graines de folie qu’un riche accoutrement peut souvent si bien dissimuler. Ce fut alors, qu’il vit, par-dessus son épaule, la voiture rouge garée dans la cour.
- Oui, Didi, celle qui conduisait, hier, cette voiture-là.
La dame se retourna et considéra la voiture, tout en se demandant qui était ce personnage si particulier.
- Qui êtes-vous, monsieur ?
- Sidia. Sidia ou Charles-Edouard, c’est selon. J’ai rencontré Didi, hier après-midi, alors qu’elle conduisait cette voiture… Nous étions, hier soir, ensemble, en boîte de nuit. C’est moi qui l’ai raccompagnée ici, vers deux heures du matin, je crois. J’avais promis de l’appeler, mais… Euh… Comme j’étais dans les parages, je suis venu à l’improviste. Dort-elle encore ?
La dame écarquilla les yeux et considéra encore le personnage.
- Vous avez vu Didi, hier ?
- Puisque je vous ai dit, madame, que nous avons passé la soirée ensemble.
- De quelle Didi parlez-vous ?
- Celle qui conduisait cette voiture.
La dame se retourna encore et regarda la voiture, comme pour s’assurer qu’elle n’avait pas bougé depuis ces années.
- Monsieur, vous devez vous tromper. Cela fait trois ans que cette voiture n’a pas changé de place. Voyez-vous les toiles d’araignées en dessous ?
- Je les vois, madame, mais je sais que j’ai vu Didi, hier, dans cette voiture, et que nous avons passé la soirée ensemble. Auriez-vous l’amabilité de lui dire que Sidia est là ? Elle m’attend, j’en suis sûr.
La dame commença à sentir une farce d’un mauvais goût. Elle avait enterré sa fille aînée, il y avait trois ans de cela, et elle en avait encore les yeux gorgés de larmes. Accident de la circulation, lui avaient certifié les sapeurs pompiers qui furent les premiers sur les lieux. Didi était morte avec une copine, dans la voiture de cette dernière.
- Monsieur, s’il vous plait, arrêtez votre cinéma ! Ce n’est pas drôle du tout.
Ahuri, il lui répondit :
- Madame, s’il vous plait, dites-lui que je suis là ! Je pars après-demain. Réveillez-la, si elle dort. Elle m’a dit que j’étais le bienvenu à tout moment.
Il avait les yeux implorants d’un lamentable soupirant quémandant la présence de sa bien-aimée. La dame était consternée par cette troublante sincérité. Cet homme avait certes vu une Didi dans une voiture rouge, mais ce ne pouvait en aucune manière être sa fille.
- Vous vous trompez d’adresse, monsieur.
Sidia aussi, commença à prendre la chose pour une farce d’un mauvais goût. On ne joue pas avec les sentiments d’autrui.
- Elle a mon portable, je l’appelle donc.
Il sortit de sa poche le nouveau téléphone portable qu’il venait d’acheter, et composa son ancien numéro. Le téléphone sonna et sonna, personne ne répondit. Il réitéra l’appel. Même résultat.
- Elle ne répond pas, elle dort sans doute. Réveillez-la, s’il vous plait, et dites-lui que Sidia est là !
Déconcertée par ce comportement, la dame l’examina encore de pied en cap. Il n’avait pas l’air dangereux, il était plutôt pitoyable.
- Venez, monsieur.
Il la suivit dans le salon.
- Asseyez-vous. Voulez-vous boire quelque chose ?
- Un verre d’eau, s’il vous plait ! Et dites-lui, je vous en prie, que je rentre en France après-demain.
Elle lui tendit un verre d’eau et une photo.
- Est-elle celle que vous cherchez ?
La gorgée d’eau resta bloquée dans sa gorge. C’était bien elle. Il n’avait pas rêvé. Il n’en avait d’ailleurs jamais douté. Il se souvenait bien de l’adresse, et puis il avait remarqué, aussi bien chez la sœur que chez la mère, cet air de famille qui en disait long. Ses mains tremblaient sur le cadre de la photo.
- Oui, c’est bien elle..
- C’est impossible, monsieur.
- C’est la vérité, madame. Nous étions ensemble hier soir Dites-lui que je suis là. Sidia. Dites-lui que Sidia est là.
Quelle mère peut rester insensible à l’amour sincère qu’un homme éprouve pour sa fille ? Elle avait en face d’elle, le genre d’homme dont elle rêvait pour sa fille, car ce sont souvent les belles-mères qui choisissent les beaux-fils. Elle fut attendrie.
- Comment l’avez-vous rencontrée ?
Sidia raconta toute l’histoire.
- Didi, ma fille, est décédée depuis trois ans, dit-elle tristement.
Elle aurait voulu remonter le temps. Elle aurait voulu que sa fille fût encore vivante pour se jeter dans les bras d’un tel homme.
Sidia pensait autrement. Voulait-on lui faire croire que celle avec qui il avait, la veille, passé la soirée, était morte depuis trois ans ? L’Afrique a certes ses mystères, mais il ne faut pas prendre les gens pour des imbéciles. Il s’énerva.
- Madame, si elle est morte depuis trois ans, montrez-moi donc sa tombe !
Ce fut ainsi qu’ils se rendirent au cimetière. Sur la tombe où une pancarte indiquait qu’elle était celle de Didi, il trouva son téléphone portable. Tout le monde resta interdit. Sidia, lui, pensa que c’était un coup monté. Didi avait dû poser l’appareil sur la tombe, et se cacher quelque part. Il trouva ce jeu bien morbide.
- Madame, s’il vous plait, arrêtons ce cirque !
La dame ne répondit pas. Elle savait que ce qui se passait, sortait de l’ordinaire.
- Monsieur, je vous conseille de rentrer chez vous, le plus tôt possible.
(L'AME SOEUR - FIN)

Charles-Edouard raconta l’histoire à Modou qui lui donna le même conseil : « Rentre vite chez toi ! » Mais lui, il voulait tout entendre, sauf ces paroles. « C’est quoi, ce cinéma ? » se demandait-il. Il devait coûte que coûte revoir cette femme qui lui avait fait perdre la tête. Il rêvait déjà de leur mariage et même de leur nuit de noces. Il dut se retenir pour ne pas en parler à sa grand-mère, au téléphone. Il lui dit seulement que le Sénégal était un merveilleux pays et qu’il s’y sentait bien. « Elle va penser que c’est encore une aventure comme les autres, mais quand elle la verra… » Il se rendit plusieurs fois chez Didi dont la mère finit par lui dire : « Je vous en prie, monsieur, ne revenez plus ici. » Il se contenta alors de rôder autour de la maison. Il alla, la nuit, à la boîte de Chantal. Pas de Didi.
- Non, monsieur, elle n’est pas venue ici, lui dit la patronne.
- Vient-elle souvent ici ?
- Je ne l’y ai vue qu’hier soir, avec vous. Et je ne m’occupe pas de ce que font les épouses de mes clients, fit-elle d’un ton cinglant.
Il resta quand même dans la boîte de nuit jusqu’à la fermeture, avec l’espoir qu’elle allait y venir. Pas de Didi. Avant de se rendre à l’hôtel, il alla se garer devant sa porte, se demandant s’il devait sonner ou pas. Il était très tard. Il fut raisonnable et alla se coucher. Le lendemain, il passa presque toute la journée à rôder autour de la maison. Pas de Didi. Il questionna quelques voisins qui lui dirent qu’elle était morte et enterrée depuis trois ans. Il ne les croyait pas non plus. Ce ne pouvait être qu’un complot contre lui. Son histoire par contre, réveilla bien des curiosités. En Afrique, des nouvelles de ce genre se répandent très vite. Sidia et Didi étaient au centre de toutes les conversations. Le Parisien, populaire malgré lui, était accosté par tout le monde. On lui parlait des revenants, des esprits et des djinns. Il ne pouvait y croire. Tout ce qu’il se demandait, c’était à quel jeu jouait son âme sœur.
Ce fut alors, que l’idée lui vint de louer une chambre dans les parages. Il sonna à la maison juste en face de chez Didi, de l’autre côté de la rue. Un homme ouvrit.
- Oui ?
- Bonjour, je voudrais savoir s’il y a une chambre à louer dans cette maison.
- Toutes les chambres sont déjà louées.
- Êtes-vous le propriétaire ?
- Non, je suis locataire.
- Vous êtes locataire ? Bien. De quel côté donne votre chambre ?
- De ce côté-ci. Au premier étage. Pourquoi ?
- Ecoutez, je vous fais une proposition. Je veux louer votre chambre pour quelques jours et je vous paye le prix que vous voulez. Combien demandez-vous ?
L’homme le regarda d’un air perplexe. Il n’était pas au courant de l’histoire.
- Louer ma chambre pour quelques jours ?
- Oui, monsieur ! Et je vous paye, comptant, le prix que vous voulez.
L’homme sourit :
- Il y a des hôtels en ville…
- Je sais, monsieur, mais je veux votre chambre. Je vous propose cinq cents mille francs C.F.A., un demi-million, pour une semaine. En plus, je vous paye une chambre à l’hôtel, pendant tout le temps que je serai là. Il est d’ailleurs fort probable que cela ne dure pas une semaine… Un jour ou deux… Je peux vous donner l’argent dans moins d’une heure, si vous voulez.
- Cinq cents mille francs ?
- Oui, monsieur ! Cinq cents mille francs ! On peut aller maintenant à la banque.
L’homme ne chercha pas à comprendre le pourquoi de cette proposition. Il se demandait seulement s’il avait, en face de lui, un détraqué ou un arnaqueur. Lui qui ne payait que trente mille francs par mois, comment pouvait-on lui proposer une telle somme pour quelques jours ? Pour s’en assurer, il accepta d’aller à la banque. Ah ! L’argent ! Quelle clef ! L’homme prit les sous et lui céda les lieux.
Sidia acheta une paire de jumelles et s’installa devant la fenêtre qu’il ne quittait que pour aller aux toilettes ou à la douche. Ses repas, il les commandait par téléphone. Modou n’avait plus de ses nouvelles, et il n’allait plus à son hôtel. Il passait son temps à surveiller l’entrée de la villa d’en face. Il était persuadé qu’il finirait par voir Didi. Il dit à sa grand-mère qui appelait sans cesse : « J’ai quelques problèmes à régler ici, je reviens sous peu. J’ai encore besoin de quelques jours. » Puis, il ne répondait plus, quand il voyait sur l’écran de son téléphone portable que le coup de fil venait de Paris. Il n’écoutait même pas les messages qu’on lui laissait. Le seul coup de fil qu’il attendait, ne venait pas. Il passait la nuit devant sa fenêtre, convaincu qu’il verrait Didi quand elle rentrerait pour dormir.
Une nuit, alors qu’il somnolait devant la fenêtre, son téléphone émit un son. Il le prit et vit qu’il venait de recevoir un Sms : « Arrête de me chercher ! Pour ton bien, rentre chez toi. » Chose bien étrange, rien ne lui permettait de retrouver qui avait envoyé ce message, quand bien même il était persuadé que c’était Didi.
Le lendemain, il se rendit auprès des agents des télécommunications qui lui firent savoir qu’eux non plus, n’y comprenaient rien. C’était un avertissement qu’il prit pour une plaisanterie. Il n’allait pas retourner à Paris sans la revoir. « Quoi qu’il arrive ! » se disait-il.
Aussi étrange que cela puisse paraître, ce fut la vérité telle que l’ont racontée les témoins. On le retrouva un beau matin, devant sa fenêtre, immobile, les yeux grand ouverts. Avait-il vu le fantôme de son âme sœur, celui de son père ou les deux en même temps ? Nul ne sut jamais le dire. On ferma ses yeux qui gardèrent leur secret.


_________________


La vie est belle !!!!!!!!!!!

Contenu sponsorisé

Re: L'ame soeur

Message par Contenu sponsorisé


    La date/heure actuelle est Mar 17 Oct - 9:02